Jan 122012
 
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Documentaire. « Les Amoureux au ban public » de Nicolas Ferran.

Le droit d’aimer contesté

Depuis 2002, cinq lois ont modifié les règles sur l’entrée et le séjour en France des étrangers ou l’acquisition de la nationalité. Ce durcissement croissant des règles nous concerne. Il impacte l’économie nationale, notre vie sociale de tous les jours, et nos libertés fondamentales. Les pratiques administratives répondant à une politique du chiffre (objectifs fixés à 25 000 reconduites en 2007 et 29 000 en 2010…) s’exonèrent souvent de la légalité, avec des conséquences à peine croyables pour les couples mixtes (franco-étranger).

Face à ces dérives inacceptables, s’est créée en 2007 à Montpellier l’association Les Amoureux au ban public en partenariat avec la Cimade. A l’initiative de Nicolas Ferran, cette structure de mobilisation collective a développé un réseau en créant des antennes dans de nombreuses villes françaises. L’expertise développée par l’association, notamment dans le domaine juridique, est venue en appui aux nombreuses victimes de la politique discriminatoire orchestrée par le ministère de l’Intérieur. Mais la politique de la nationalité s’est traduite par un durcissement croissant de l’ensemble des règles : limitation de l’immigration et des droits (mariage, regroupement familial, asile) ; durcissement des conditions d’acquisition de la nationalité, allongement du délai d’acquisition par mariage : (quatre ans aujourd’hui, cinq en cas de vie à l’étranger). Résultat : un grand nombre de couples vivent aujourd’hui leur union dans la peur.

Un documentaire

Nicolas Ferran, qui occupe actuellement un poste de responsable juridique au sein de l’Observatoire international des prisons, vient de réaliser un documentaire qui met à jour la stigmatisation des étrangers et de leurs conjoints. Le film donne la parole à treize couples qui décrivent leur parcours perturbé. Ce travail inédit révèle une réalité sensible occultée par la situation de clandestinité subie par les protagonistes. Il souligne en creux les liens de confiance que le réalisateur a tissés au travers de son engagement, là où la sphère sociale et le ministère de la Justice ont été marginalisés par une politique aveugle d’intégration.

Dans les propos de ces couples aux problématiques diverses, se diffuse et se rejoint la voix d’un double exil. Celle de l’étranger à qui l’on refuse tout simplement l’existence et celle du Français que l’on contraint à renier ses valeurs.
On touche avec simplicité l’âme d’une France en crise identitaire. La force du témoignage social de ce documentaire évoque la déchéance d’une politique qui touche à la dignité humaine. Il est temps que cesse ce recul de l’Etat de droit. Le film de Nicolas Ferran répond, pour les uns, à un besoin de mémoire et constitue, pour d’autres, un acte de résistance culturelle fortement citoyenne.
Jean-Marie Dinh

 Publié par le 12 janvier 2012

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