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Chaque année, des milliers de couples franco-étrangers sont privés du droit de vivre ensemble en raison du durcissement continu des lois sur l’immigration et des pratiques administratives. Dans ce contexte, en juin 2007, naissait à Montpellier, sous l’impulsion de la Cimade, le premier collectif des Amoureux au Ban Public. En quelques mois, les « Amoureux au Ban Public » sont devenus un mouvement citoyen national implanté dans plus de trente villes de France et rejoint par plus de 2 000 couples. Tous engagés dans la défense collective de leur droit d’aimer la personne de leur choix.
Dans la France des droits de l’Homme, Emrah et Elif sont interpellés par la police à la sortie de la mairie où ils venaient de déposer leur dossier de mariage. Abdullah est expulsé le jour de son mariage avec Nuray. Laëtitia est interpellée, menottée et contrainte de livrer son compagnon à la police. Mohamed est conduit sur le bateau pour être expulsé au moment même où sa compagne accouche de leur enfant. Rose, enceinte de plusieurs mois, et son mari, abandonnent leur domicile et se réfugient chez des amis pour éviter l’expulsion …
Ces situations sont d’une théâtralité étonnante, car elles reposent sur un paradoxe et sur une contradiction si grande : essayer d’imposer des frontières et une logique rationnelle et administrative à un sentiment universel, passionnel et humain. Nous voulons ici exposer les limites de ce genre de rationalisation et de ce cadre, car elles sont aussi le théâtre. Souvent une question revient dans l’histoire de l’art théâtral (art du présent et art vivant par excellence) : Peut-on rationaliser la vie ? Peut-on analyser et écrire sur le théâtre, le contraindre à des méthodes, des lois et des techniques et ainsi figer un art de vie ? La question est la même ici : A-t-on le droit de rationaliser l’amour ? D’y imposer un droit ? Comment prouver que l’on s’aime ? Comment rationaliser l’ineffabilité de l’amour ?
Voilà toutes les questions que posera notre travail. Souvent l’amour est montré comme un sentiment très noble, car typiquement humain. Mais ici, la volonté de recherche de preuves menée par les autorités, nie bien souvent la condition humaine de l’amour.
Nombre d’incursions dans l’intimité des couples mixtes dépassent de loin le droit humain et le droit à l’intime. Des enquêtes sont menées sur les couples : l’amour est devenu un délit et les amoureux des criminels chez qui l’on soupçonne, perquisitionne, interroge, que l’on arrête, que l’on expulse que l’on fait attendre des heures pour subir des démarches administratives décourageantes, humiliantes, arbitraires et sans fin.
