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En voulant se marier, le sans-papier et sa compagne ont bien failli être séparés PDF Imprimer Email

La Voix du Nord - 14/02/10

Comme tous les amoureux, Claire et Karim (1) fêteront aujourd'hui la Saint-Valentin. Leur mariage est prévu pour la mi-avril, à Bergues. Une belle histoire. Sauf que les démarches entamées pour officialiser leur union ont fait se refermer sur eux les griffes de l'administration.

Karim est Algérien et n'a plus de papiers depuis l'expiration de son visa étudiant, en 2006. Transmis au procureur par la mairie de Bergues, leur dossier de mariage a donné lieu à une enquête confiée à la Police de l'air et des Frontières.

Claire, 33 ans, ne croyait pas aux rencontres sur Internet. Elle en rit, aujourd'hui, en jetant un regard tendre sur Karim, qui regarde le match OM-Lens dans le salon. Ces deux-là se sont rencontrés sur le web en mai dernier. À l'époque, il vit à Paris, elle, à Bergues. Ils se donnent rendez-vous une première fois à Lille. Le courant passe. Ils se revoient. Puis décident de vivre ensemble et de se marier.

Leur histoire ressemble à celle de beaucoup de couples. Mais rares sont ceux qui, pour fêter leurs trois mois de fiançailles, se retrouvent dans les locaux de la Police de l'air et des Frontières, convoqués dans le cadre d'une enquête sur leur « projet de mariage ». Un seul mot leur coupe le souffle : expulsion.

Karim, 32 ans, est Algérien. Sans titre de séjour. Arrivé en France en 2003 comme étudiant, pour suivre une licence de sport, il bénéficie pendant trois ans d'un visa dont on lui refuse le renouvellement en 2006. Depuis, Karim vit illégalement en France, où il travaille dans le bâtiment.

En déposant leur dossier de mariage au service état civil de Bergues, début janvier, Claire et Karim ont, sans le vouloir attiré, l'attention sur sa situation irrégulière. Car le dossier a été transmis au procureur de la République, « comme on le fait systématiquement en cas de mariage mixte . C'est la consigne, quand on a un doute sur les papiers du dossier », explique la mairie, que la loi n'oblige pourtant pas à transmettre ce genre d'information. Le procureur a donc ouvert une enquête. « Moi, par rapport à ce qu'ont vécu des amis, je savais que ça pouvait arriver, explique Karim. Mais on se disait qu'ici, avec une maire PS... » Le couple reçoit un premier courrier du vice-procureur, puis un appel de la Police de l'air et des Frontières, qui souhaite fixer un rendez-vous. « Ils m'ont demandé si je savais ce que je risquais en hébergeant un sans-papier, explique Claire. J'ai paniqué. J'ai pourtant l'habitude de gérer l'urgence mais là, je le voyais parti. » Le couple décline le premier rendez-vous, préfère attendre une convocation officielle, écrite. Par précaution. Claire, qui travaille dans une banque, pose des jours de congés. Elle ne veut plus quitter Karim, « par peur qu'on l'emmène ».

Finalement convoqués à la PAF de Saint-Pol-sur-Mer lundi dernier, ils réunissent dans une pochette tout ce qui peut prouver la sincérité de leur relation : photos, attestations d'amis, billets de train aller-retour pour Paris. « On allait dans la gueule du loup mais on y allait avec notre bonne foi », se souvient Claire tandis que Karim relativise : « Ma situation, ils la connaissaient, je n'avais rien à cacher ».

À la PAF, le jeune homme dit pourtant avoir été placé en garde-à-vue. Photos, empreintes, procès-verbal, « comme un criminel ». Il est libéré dans la journée, tandis que Claire, affolée, activait ses réseaux. Le procureur de Dunkerque, Philippe Muller, affirme « ne pas avoir été informé d'une garde-à-vue suite à cette procédure administrative ». La mairie de Bergues, elle s'est dite « très mal à l'aise , suite à cet épisode. C'est la première fois qu'il y a une enquête sur un dossier que l'on transmet. » Elle assure que si l'enquête du procureur conclut à un abandon des poursuites, elle mariera Claire et Karim, comme prévu, en avril.

Version en ligne : http://www.lavoixdunord.fr